Présidentielle : et si on élisait une équipe au lieu d’un candidat ?

Image par Gerd Altmann

Thierry SALOMON

La prochaine Présidentielle semble déjà bien partie pour être une nouvelle et interminable course de petits chevaux, certains de retour, se présentant pour la énième fois …

A gauche et chez les écologistes, aucune figure ne se dégage. Tous s’observent en faisant du surplace tels des pistards dans un vélodrome, attendant la faute, le moment propice pour foncer en solitaire et se battre entre eux, s’enfonçant comme ces deux lutteurs peints par Goya, s’enfonçant tous deux sur des sables mouvants.

Chaque candidat s’auto-persuade qu’il est à l’évidence le seul capable de changer la France en profondeur et, mot magique, de rassembler – pourvu que ce soit derrière sa casaque. En survalorisant ainsi la Présidentielle, ils renforcent encore la dérive jupitérienne de la fonction, celle-là même qu’ils sont les premiers à dénoncer.

Les français sont las de ce quinquennal Prix de la République, précédé de deux longues années de chausse-trapes, de petites phrases et de concurrence stérile. Ils ont le sentiment, encore confus, que la recherche d’un homme ou d’une femme-miracle aux pouvoirs concentrés, d’un monarque aussi omniscient qu’omniprésent n’est plus du tout adapté à complexité systémique des enjeux et des risques de notre siècle.

Pour dépasser cette dangereuse panne d’envie et de crédibilité, il est nécessaire d’explorer une voie alternative : ne pas se s’enferrer sur l’élection d’une seule personne, mais promouvoir une équipe pré-gouvernementale, suscitant ainsi le désir de la voir aux commandes.

Une équipe constituée d’une vingtaine de femmes et d’hommes de qualité, expérimentés, connaissant chacun un secteur de l’action gouvernementale. Des personnalités créatives, à la fois expertes tout en ayant le sens de l’humain, de la Politique et du travail collectif. Certains issus de la société civile, d’autres venant de partis pour autant qu’ils s’engagent sans esprit partisan.

Chacun d’entre eux ne serait pas nécessairement un futur ministre, mais, un an et demi avant l’élection de mai 2022, un « pilote sectoriel » pouvant s’entourer de trois ou quatre autres personnalités. Chaque petit groupe ainsi constitué aurait en charge, sur son secteur, du travail de co-création du programme de gouvernement selon un processus consultatif innovant, comme, par exemple, des conventions citoyennes sectorielles.

Comment constituer initialement cette équipe ? Des processus originaux, proches de l’élection sans candidat ou de celui initié par La Belle Démocratie, utilisant le meilleur des moyens numériques d’échanges, permettrait d’y parvenir sans tractation de coulisses ou jeu d’appareil.

Les avantages d’un tel « shadow cabinet à la française » seraient considérables.

Avant tout, ce dispositif s’opposerait à la personnalisation stérilisante et souvent infantile de cette élection pour la refonder sur ce qu’elle devrait vraiment être : un temps privilégié pour réfléchir, proposer, anticiper. Avant de plonger, mais seulement dans les dernières semaines avant l’échéance, dans le rythme effréné d’une campagne puis, une fois élu, d’affronter le tempo rapide de l’action.

Ce dispositif permettrait de se recentrer sur l’essentiel : un projet précis, crédible, réfléchi, où les points difficiles ou aveugles ne seraient plus occultés par la peur frileuse de diviser ou d’ouvrir des boîtes de Pandore.

Il permettrait aussi de tester la capacité des membres de cette équipe à travailler ensemble, à se comprendre. Il faciliterait des changements éventuels dans sa composition en cas d’erreur de casting ou d’incompatibilité d’humeur, sans le traumatisme d’une éviction ou d’une démission ministérielle. En matière sportive, une équipe se forme, s’entraîne avant une compétition. Pourquoi, pour gouverner la France, l’équipe ministérielle est-elle sélectionnée à la va-vite, sans aucune réelle préparation ou réflexion collective, toute l’équipe se rencontrant pour la première fois au début du match dans la salle du Conseil des Ministres ?

Enfin, au cours de cette aventure collective, il se dégagera naturellement de cette équipe l’évidence d’un ou d’une capitaine, choisi(e) par celle-ci pour ces capacités à rassembler, à organiser et à convaincre.

Dès lors, le choix ne sera plus focalisé uniquement sur sa personne ou plutôt son apparence (son sourire, ses petites phrases assassines, son conjoint, etc…) mais sur une équipe et sur le programme co-construit avec elle après une large participation d’électeurs-citoyens.

Ceux-ci, enfin désinfantilisés, ne voterait dès lors plus pour un monarque ou un bateleur d’estrade mais pour l’envie retrouvé tout à la fois d’une dream team, de son capitaine et d’un programme, en pleine connaissance de sens et d’objectifs.

Une fois la Présidentielle gagnée, le gouvernement serait, après quelques ajustements, constituée principalement de l’équipe initiale. Déjà rodée, ayant acquis la pratique du travail collectif autour d’un programme co-construit, cette équipe gouvernementale ne serait pas pour les électeurs une surprise ou le seul choix du Prince, mais le prolongement naturel du programme du président élu.

Les partis, quant à eux, se concentreraient sur leur rôle premier : celui de rassembler, autour de leur propre programme, des citoyens représentants d’autres citoyens. Les Législatives qui suivent la Présidentielle leur permettront d’assurer pleinement ce rôle.

L’ambiguë création d’un « parti du Président » n’aurait alors plus de mise. Le Parlement retrouverait alors sa vraie fonction qui n’est pas de soutenir inconditionnellement un monarque-président, mais de contrôler l’action du gouvernement et de légiférer dans un constructif travail avec lui.

Quelques questions – réponses :

Comment initier le processus ?

Pour réussir, il doit dès le départ susciter une large et pleine confiance. Pour cela un conseil composé de personnalités reconnues, indépendantes de tous partis, sera constituée. Cette autorité ne sera pas que morale : ce « Conseil des Sages » définira les règles du jeu, sera garant du processus, contrôlera les dépenses et arbitrera les questions qui ne manqueront pas d’être soulevées. Sorte tout à la fois de Conseil constitutionnel, de Conseil d’Etat et de Tribunal arbitral du dispositif, les candidats et l’équipe sélectionnée devront s’engager à respecter ses avis et décision. Il sera en quelque sorte la Haute Autorité du processus jusqu’à l’élection.

Ce Conseil des Sages aura un rôle crucial dans le processus de sélection. Mais donc qui sélectionnera ce Conseil ?

.. et qui, avant, sélectionnera les sélectionneurs ? Afin d’éviter la paralysie du processus en recherchant à tout prix une forme élective de démarrage du processus qui s’enlisera inéluctablement durant des mois sur le classique problème de « l’œuf ou la poule », il faut au contraire assumer que ce Conseil des Sages sera initié grâce à quelques personnalités connues mais aussi reconnues pour leur indépendance d’esprit, la qualité de leur réflexion et leur motivation à participer concrètement à l’avènement, face aux polycrises systémiques, d’une « Voie » nouvelle, selon la juste expression d’Edgar Morin.

Quelles types de personnalités pourraient initier et composer ce Conseil des Sages ?

La confiance d’une large majorité des français envers les initiateurs de ce processus, et donc des premiers travaux de ce Conseil des Sages est essentielle.

Idéalement, il faudrait que cette éclosion du processus soit le fait d’un premier noyau d’une dizaine de personnes engagées mais non étiquetées comme trop clivantes ou partisanes, s’engageant à ne pas être elles-mêmes candidates pour faire partie de l’équipe sélectionnée (ou démissionnant de ce Conseil avant la phase de sélection de l’équipe candidate), s’étant toutes déjà frottées à la réalité et la complexité de l’action publique, culturelle, entrepreneuriale ou syndicale.

Ce premier noyau s’auto-complèterait ensuite par « cooptation intelligente » en se renforçant pour aboutir à 20 à 25 personnes, un nombre suffisamment restreint pour favoriser la prise de décision collective, et suffisamment important pour refléter une indispensable diversité d’âge, de genre, de culture et d’expérience.

Cette constitution devra s’effectuer par cooptation nécessairement unanime pour éviter tout malentendu, favoritisme ou entrisme. Des règles de fonctionnement seront établies, elles aussi actées à l’unanimité du Conseil.

Quel planning ?

Trois phases opérationnellement très distinctes :

1. Une première étape du processus sur 4 mois (début décembre 2020 à fin mars 2021) pour la sélection de l’équipe

2. Une deuxième étape de 9 mois (avril 2021 à fin décembre 2021) pour le travail programmatique au sein de l’équipe, incluant les consultations citoyennes.

3. Une dernière étape (janvier 2022 à l’élection de mai 2022) de campagne électorale

Vu l’ampleur de la tâche, comment ce Conseil des Sages sera-t-il aidé ?

Les personnalités composant ce Conseil seront dans leur grande majorité des personnes souhaitant apporter leur contribution à ce processus, mais déjà très occupées et/ou peu désireuses d’y investir du temps dans le considérable travail organisationnel et logistique qu’il impliquera …

Dès lors une petite équipe technique devra, très vite après le début du processus, prendre en charge tous ces aspects logistiques et opérationnels : organisation des réunions, communication, moyens logistiques, liens avec les médias, collecte de fonds, aspects juridiques … L’ampleur du travail et le niveau de professionnalisme nécessaire implique que les personnes composant ce Secrétariat soit naturellement rémunérées par un contrat lié à cette mission qui s’achèvera à la fin de la phase 2.

Bien entendu ce « Secrétariat du Processus » sera sous l’autorité du Conseil des Sages et lui rendra compte : pour cela, la transparence et le contrôle de son travail fera l’objet d’une attention toute particulière (commissaire aux comptes, audit externe régulier, suivi de normes ISO, etc.).

Ce Secrétariat du Processus » se disolvera au terme de la deuxième phase du processus, pour, en toute clarté, laisser la place à une équipe de campagne électorale nécessitant d’autres compétences.

Comment financer les dépenses liées à ce processus ?

Une association sera chargée d’une collecte de fonds via un crowd-funding citoyen pour financer la première étape du processus sur 13 mois (décembre 2020 à décembre 2021).

Sur la base d’un électeur inscrit sur 10001 et d’une moyenne d’engagement de 6 € par mois durant cette première étape de 13 mois, cet appel de fonds pourrait réunir 3,7 millions d’euros2, soit de l’ordre de 285 000 € par mois. un niveau cohérent avec l’ambition d’une candidature qui ne soit pas que de témoignage,

Si les 2 premières phases de 13 mois concluent au démarrage de la phase 3 (celle de la campagne proprement dite), un deuxième appel serait lancé à l’automne 2021 pour son financement.

Qui serait les donateurs ?

Avant tout les citoyens, dans le respect de la loi sur les financements des partis.

Qui sera le candidat en définitive ?

Il sera, au terme de la phase 2, désigné par l’équipe pré-gouvernemental, au terme d’un choix transparent, supervisé par le « Conseil des Sages ».

Plutôt qu’une seule personne, il est d’ailleurs possible envisager la candidature d’un double mixte, futur(e) président(e) et vice-président(e), cette dernière fonction permettant de mieux distribuer à la fois les tâches régaliennes actuelles du Président et l’action gouvernementale du Premier Ministre.

haine qui sont en train de monter dans le pays.