Vive l’effet papillon

Image par Игорь Левченко

Patrick Viveret

Cette note vise à proposer un pas supplémentaire de la dynamique entamée par les projets de « 2022 vraiment en commun », de la « Rencontre des Justices », du « festival des idées », de « l’archipel de l’écologie et des solidarités », du « Copil des Jours heureux », des réunions intercoalitions. Elle ne revient pas sur l’exposé des motifs développé dans une note annexe qui rappelle le caractère redoutable de la machine à perdre, aujourd’hui enclenchée au sein des forces écologiques et de gauche. Elle se concentre sur le volet positif du projet dénommé « Papillon » lors de la récente rencontre inter-coalitions. Elle propose que ce soit l’ensemble du processus des trois étapes et non la seule troisième qui adopte ce terme. (voir en annexe le CR de la plateforme intercoalitions )

Outre le symbole de la métamorphose nécessaire qui vaut autant pour les forces de vie en France qu’à l’échelle planétaire, le papillon est en effet un bon symbole de cette alliance pour la Vie mais aussi de l’effet démultiplicateur que peuvent avoir des initiatives, même minoritaires, si elles sont porteuses d’un Récit d’espoir dans la sinistrose ambiante.

Ce projet pourrait s’articuler autour de trois axes :

1) réussir une alliance des « forces de vie » en France en lien avec l’alliance à construire à toutes les échelles, des territoires locaux au territoire planétaire.

2)  un Récit créatif et porteur d’espoir autour de ce que nous pourrions nommer : « De nouvelles règles du Jeu face aux batailles des Je » résultant de la monarchie présidentielle

3) construire l’espace commun porteur de cette Alliance et de ce Récit et rassemblant, outre les forces issues de l’écologie et de la gauche, l’ensemble des actrices et acteurs souvent rebutés par les jeux politiques traditionnels et qui aspirent à une réelle transformation écologique, sociale et démocratique.(voir la note de Destin Commun sur les laissés pour compte et les oubliés cf le lien vers l’ étude qui inspire beaucoup la Rencontre des justices et le Projet “Belinda”

https://www.lafranceenquete.fr/

Ces trois objectifs décrivent un processus transformateur, comme c’est le cas dans la métamorphose de la chenille au papillon. L’enjeu actuel c’est de créer les conditions pour que ce processus positif ne soit pas stoppé dès maintenant par les logiques du système dominant. Dans la série : « tous n’en mouraient pas mais tous étaient malades ! », nous pouvons en effet constater des métastases dangereuses parmi les forces que nous voulons réunir. Par exemple la fascination jupitérienne que produit la compétition pour l’accession au rôle de monarque républicain dans notre constitution actuelle. Il est vrai que, du point de vue de la chenille, le papillon c’est la fin de son monde ! On comprend les résistances culturelles et comportementales, autant que politiques et économiques, auxquelles nous devrons nous affronter…

C’est pourquoi il faut sans attendre mettre en œuvre l’objectif 2 : « De nouvelles règles du Jeu face aux batailles des Je » résultant de la monarchie présidentielle » car ce sont les forces prêtes à changer ces règles (objectif 3) qui seront motrices pour réussir l’alliance des forces de vie (objectif 1) et élaborer sa plateforme et son contrat de législature malgré les divergences qui peuvent traverser ces forces (et pour lesquelles des méthodes permettant de faire de ces divergences un atout devront être mises en œuvre)

C’est dans cette perspective qu’il faut inscrire trois propositions complémentaires discutées au sein de l’Archipel de l’écologie et des solidarités que sont la note de Thierry Salomon pour créer un processus d’altergouvernement , celle d’Ayda sur « la primaire des idées » et celle de Pierre Musso sur les « primaires législatives ». Il faut sans doute voir si un terme plus coopératif que « primaires » -qui évoque aussi des stratégies compétitives- ne peut être trouvé. Par exemple on pourrait partir de la nécessité d’une alternative au modèle jupitérien (arguments présents dans toutes les notes) et proposer en conséquence une méthode coopérative permettant d’élaborer une plate forme commune préalable à des « contrats de mandatures » pour les régionales et les législatives ( à partir des notes d’Ayda et Pierre) afin de choisir les équipes en s’inspirant de la méthode proposée dans la note de Thierry. Il faut aussi que toutes ces propositions s’inscrivent dans une approche créative qui rompt avec le système dominant, s’ouvre largement aux oubliés de ce système et intègre des acteurs tels les artistes (cf propositions de Charlotte sur nouveau Récit et méthode des scénarios).

Une modalité concrète et immédiate pour s’engager dans ce processus serait le soutien à la transformation de la tribune des mille puis des 30.000 pour une candidature vraiment commune en 2022 en une pétition de masse (au moins 300.000) avec appel à un financement participatif pour donner une première base logistique au projet. Un appel de « femmes sages » face au modèle jupitérien machiste pourrait jouer un rôle important dans cette perspective (cf échanges sur ce point avec Ayda et Charlotte).

Enfin, comme la question nous sera inévitablement posée il nous faut aussi commencer à réfléchir à une procédure permettant de choisir trois personnes clés

  • La/ le responsable de l’équipe pour l’élection présidentielle
  • La/ le responsable du gouvernement
  • et celle qui animera le débat constitutionnel

Certes la logique coopérative et démocratique supposerait d’attendre le déroulement du processus pour faire ces choix. Mais le risque de la pression médiatique et des candidatures déjà annoncées peut nous mettre rapidement hors-jeu si nous sommes absents de ce terrain. La manière d’y être en cohérence avec le projet pourrait être la méthode des scénarios proposée par Charlotte qui permet de tester des personnes sur ces fonctions clés et d’organiser des simulations de ce que serait un altergouvernement intégrant ces trois fonctions essentielles. Celles-ci pourraient être choisies à la suite de primaires avec jugement majoritaire pouvant introduire d’autres personnes que les candidatures affichées avec les procédures de type « élection sans candidats » ou «  choix citoyen ». Il serait important que, dans les trios envisagés, il y ait une présence de personnes issues des courants écologistes, des gauches et de la « société civique » (part la plus active et transformatrice de la société civile) afin d’illustrer la dynamique de l’espace commun à construire (objectif 3) .

Il est enfin essentiel qu’un vaste mouvement citoyen appuie cette stratégie ( lien Projet des marches et Sunrise porté par la rencontre des justices) et qu’il participe à l’élaboration de la plateforme, des contrats de mandatures et au choix des personnes incarnant ces choix.

Sur l’objectif 1 de l’alliance des forces de vie :

Une  hypothèse forte: le risque de guerre, civile et/ou internationale, sera déterminant dans les prochaines années. Les autres risques vitaux tels les risques écologiques, le chômage de masse, la sécurité sanitaire, l’extension de la pauvreté, l’alternative au désespoir …, ne sont traitables que par des acteurs qui montrent qu’une voie alternative aux logiques de guerre existent. On le voit aux Etats Unis ou des acteurs a priori beaucoup plus convaincants sur le fond que ne l’était Joe Biden tels Bernie Sanders ou Elisabeth Warren ont finalement dû se rallier au premier car il incarnait une possibilité d’apaisement. Même chose avec l’exemple néo-zélandais et la réussite de Jessica Arden après la tuerie des mosquées et le traitement de la pandémie. Il est probable que ce sera la même chose en France. Des personnes apparaissant comme trop clivantes ne peuvent gagner dans ce contexte car leur éventuelle victoire ferait craindre une guerre civile derrière. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Marine Le Pen fait tout pour rassurer et qu’elle se trouve en partie débordée par la droite dure à la Eric Ciotti. Elle prétend désormais parler au nom de l’état de droit. Eux veulent l’état de guerre. Il nous faut donc développer un axe de « radicalité transformatrice et pacifique » capable à la fois de s’attaquer aux changements fondamentaux nécessaires tout en montrant qu’il existe une voie alternative aux logiques de haine qui sont en train de monter dans le pays.